Hommage en 4 temps aux sorcières et leurs drapés de laine tissée

Le Lys de la Vie, 1921.

Apprivoiser l’au-delà

Quand j’étais enfant, la fête d’Halloween n’existait pas en France et la semaine de la Toussaint – loin d’être synonyme de festivités – était plutôt teintée de grisaille et marquée par une visite familiale au cimetière sur la route du retour des vacances. Un jour, sur une décision aussi sage qu’unilatérale de ma mère, cette obligation calendaire s’est arrêtée. Et les morts n’en ont pas moins continué d’être commémorés : dans les esprits, et dans le lieu et le moment choisis par chacun. 

En grandissant, j’ai vite fait d’embrasser les pratiques folkloriques mexicaines et anglo-saxonnes de cette saison, qui m’ont séduite comme façons bien plus vivantes de célébrer les morts et d’apprivoiser la possibilité de l’au-delà avec son cortège de formes et figures fantastiques…

Réhabiliter les sorcières

Bien souvent guérisseuses ou herboristes, ces femmes savantes du passé (comme du présent d’ailleurs) sont fascinantes pour leur indépendance, leurs connaissances et leur(s) pouvoir(s). Devenues un symbole du combat pour le droit des femmes, les femmes condamnées pour sorcellerie au Moyen-Age en Europe se comptent par dizaines de milliers.

W.I.T.C.H. Women's International Terrorist Conspiracy from Hell, 2017.

On sait aujourd’hui qu’on leur reprochait surtout de ne pas tenir le rôle qu’on leur avait assigné dans la société. Ce sentiment de menace vis-à-vis de la femme isolée, souvent âgée, érudite et soigneuse, est très occidental. Alors qu’elles ont été persécutées sur le continent européen et en Nouvelle-Angleterre, ces femmes répondant aux caractéristiques de la « sorcière » sont au contraire considérées comme des gardiennes de la communauté et de la biodiversité dans beaucoup de cultures, notamment les cultures amérindiennes. 

Femme chamane amérindienne (Hupa), Etats-Unis, 1923. Photo d’Edward S. Curtis.

Dédiaboliser les araignées

Comme les sorcières, les araignées sont largement diabolisées dans la culture populaire occidentale. A l’inverse, dans les traditions amérindiennes et celtes, l’araignée est considérée comme la grand-mère du savoir qui relie tous les fils de l'existence.

Maman, Louise Bourgeois, 1999.

L’image de l’araignée proposée dans l’œuvre de Louise Bourgeois me semble également plus séduisante et fidèle à la réalité :  une figure profondément positive et protectrice, qui répare et tisse avec habileté et persévérance. Pour Louise Bourgeois, représenter la puissance de l’araignée est un hommage aux mères, la sienne était tisseuse et réparatrice de tapisseries.

Se parer d’une cape en laine mémorielle

Puisque cette saison est propice à se parer de capes et de costumes, je voulais évoquer l’arisaid, un habit ancien et longtemps oublié qui est une déclinaison méconnue du vêtement ample et féminin aux multiples usages que j’affectionne.

Il s’agit d’un vêtement féminin traditionnel écossais datant du XVIème siècle. Sorte de grand plaid drapé et souvent ceinturé, il est né de la nécessité de s’adapter au climat rude et humide des Highlands. Comme une grande cape polyvalente, il peut former une longue jupe descendant jusqu'aux chevilles, tandis que l'excédent de tissu du haut peut être ramené sur les épaules et fixé sur la poitrine avec une broche. Ce tissu supérieur peut aussi être relevé pour former une capuche. Il crée alors indéniablement une silhouette rappelant celle des sorcières.

Les soeurs MacKenzie vêtues d’un arisaid, Outlander: Blood of my Blood, 2025.

D’ailleurs, ce vêtement a lui aussi fait l’objet d’une persécution ! En 1746, le gouvernement britannique signe le « Dress Act » qui interdit le port de ce vêtement traditionnel en tartan dont chaque motif permet d'identifier l'appartenance à un clan. Cette interdiction dure près de quarante ans. La connotation rebelle du tartan et son adoption par le mouvement punk puis par des créateurs subversifs comme Viven Westwood trouve d’ailleurs ses origines dans cet épisode historique.

Progressivement réhabilité, l’arisaid a pris d’autres formes et connaît aujourd’hui un regain d’intérêt pour sa valeur symbolique et identitaire et pour la richesse de ses déclinaisons de motifs en tartan. Longtemps réglementé par la culture clanique écossaise, le port des motifs en tartan est aujourd’hui totalement libre. En revanche, il existe un Registre officiel du tartan tenu par le Gouvernement écossais. Celui-ci permet à chaque maison de déposer ses motifs et d’en règlementer la reproduction.

En février 2025, The Witches of Scotland Limited a déposé un motif de tartan en hommage aux victimes de la chasse aux sorcières (The Witchcraft Act) en Ecosse entre 1563 et 1736. Les écharpes, châles et arisaid tissés selon ce motif de tartan sont pensés comme des pièces de « mémoire vivante ».

Autrement dit, la véritable cape de sorcière existe… Elle est tissée et confectionnée de façon artisanale, authentique et durable en Ecosse.

J’ai une pensée pour mes heureuses clientes qui ont fait le choix de la cape Usages (aujourd’hui épuisée) et qui j’espère se sentent pleine de pouvoirs en la portant ! A noter que la cape Usages est aussi un drapé de laine tissé ; en revanche, son motif est un « Prince de Galles » et non un tartan. Le Prince de Galles est aussi un tissu écossais, mais il se distingue par un motif combinant petits et grands carreaux dont les angles intègrent souvent un motif de « pied -de-poule ». Contrairement au tartan historiquement associé aux clans écossais, le Prince de Galles a été créé à l’origine pour les propriétaires terriens qui n’avaient pas le droit au tartan des clans.

Voilà donc quelques idées de préceptes pour un art de vivre la saison automnale dans l’esprit des véritables sorcières…

Quelles que soient vos croyances, je vous souhaite une belle semaine de commémoration des défunts.

Happy Halloween !

¡Feliz Dia de los Muertos!

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