Galerie nigériane

Kenneth Ize, collection 2020, détail.

Je suis allée une fois au Nigéria. C’était en 2014. Je n’ai pas vu grand-chose du pays, en dehors des bureaux du Ministère du Plan, et des salles de conférence de l’Hôtel Hilton d’Abuja... Je garde néanmoins un grand souvenir de ce voyage et surtout de ma rencontre avec mes collègues nigérians, avec qui j’ai noué des relations de travail et d’amitié à distance pendant plus d’une année.

Après cette courte visite, j’ai beaucoup repensé au Nigéria, qui m’a laissé l’impression d’un grand pays et d’un grand peuple.

J’ai trouvé les femmes nigérianes particulièrement inspirantes. Celles que j’ai rencontrées étaient des femmes fortes, à l’autorité naturelle. C’était le cas de ma collègue et amie Alache, diplomate et musicienne.

Je rêve aujourd’hui de retourner dans ce pays, pour le découvrir réellement. Et comme si la vie m’y invitait régulièrement, je me suis naturellement intéressée au fil des années à des artistes avant de découvrir qu’ils avaient en commun d’être Nigérians. Je vous livre ici un condensé de ces découvertes sous la forme d’une galerie d’œuvres littéraires, picturales, textiles et musicales… Bonne visite !


Chimamanda Ngozi Adichie

En voilà une femme forte. Icône de style et brillante écrivaine, Chimamanda Ngozi Adichie parle de l’identité africaine et nigériane, en particulier féminine, à travers ses romans et essais. Dans L’Hibiscus pourpre (2003) et L’Autre moitié du soleil (2006), elle  nous invite à suivre le parcours de familles confrontées à l’intégrisme religieux et à la guerre et initie une réflexion sur la mémoire familiale. Dans Americanah (2013) et L’inventaire des rêves (2025), elle parle à travers le destin de plusieurs femmes de diaspora, déracinement et épanouissement féminin tout en révélant son caractère universel. Je vous invite à la lire mais aussi à l’écouter, sa conférence dédiée à son essai We should all be feminists est d’une brillante clarté et démontre avec grâce qu’il est possible de dénoncer les inégalités avec autant d’humour que de fermeté.


Chinua Achebe

Poète, romancier et essayiste, Chinua Achebe est l’auteur de Things Fall Apart publié en 1958.

Ce livre est parmi les premiers romans africains à accéder à la reconnaissance critique internationale. Il raconte la vie précoloniale et le monde tribal dans la communauté Igbo, puis le choc des cultures à l’arrivée des Britanniques. Ce roman nous plonge dans le patrimoine immatériel et les traditions du conte et de la mythologie africaine. Sans idéaliser le passé, Achebe raconte les pratiques anciennes à travers les rituels (sans ignorer leur violence) et la spiritualité des habitants de la forêt équatoriale. J’ai aimé ce livre pour la pureté du récit livré sans jugement, comme un conteur le ferait près du feu. Un véritable voyage littéraire.  


Otobong Nkanga

Artiste plasticienne et poète, Otobong NKanga aborde le thème de l’environnement, de l’écologie et des liens entre la terre et le corps. A travers différents supports – sculptures, dessins, peintures, tapisseries – elle crée un univers caractérisé par ses formes organiques et végétales et la représentation systématique de liens, fils, strates et sédiments comme des façons de représenter la complexité du monde. Sa passion pour la matière (minéraux, textiles, bois) et les couleurs est palpable en découvrant ses œuvres. J’ai eu la chance de parcourir quasiment seule l’exposition « I dreamt of you in colors » au Musée d’Art Moderne de Paris. Une déambulation poétique et pleine d’espoir malgré la gravité des sujets abordés.  


Yinka Shonibare

Artiste contemporain britannico-nigérian, Yinka Shonibare est mondialement connu pour ses sculptures et sa pratique multidisciplinaire à partir du textile et du bronze. Le tissu Wax hollandais revient souvent dans ses œuvres comme outil de dénonciation de la domination coloniale, y compris sur le champ de la culture et de la mode.

Double Dutch. 1994

L’histoire du Wax, tissu d’origine européenne inspiré des textiles indonésiens et progressivement conçus et imposés par les Hollandais sur le marché africain, agit comme métaphore de la complexité et de la force de l’identité africaine qui a su se réapproprier un produit issu de la politique coloniale.

How Does a Girl Like You Get to Be a Girl Like You? 1995

Yinka Shonibare a fondé à Lagos la Guest Artists Space (G.A.S.) Foundation, une résidence d’artistes favorisant la création dans différents domaines : arts visuels, musique et mode.

Scramble for Africa. 2003

JD Okhai Ojeikere

JD Okhai Ojeikere était photographe. Il a commencé sa carrière comme journaliste dans les années 50, puis s’est consacré à un projet ambitieux mené sur plusieurs décennies : « Hairstyles » qui visait à produire un inventaire complet des coiffures élaborées par les femmes lors des diverses occasions quotidiennes et cérémoniales. Constitué de plus de 2000 clichés, ce monument photographique dédié à la pratique éphémère de la coiffure témoigne de la richesse de cette pratique culturelle et identitaire, une thématique que l’on retrouve d’ailleurs dans les récits de Chimamanda Ngozi Adichie.

Agaracha, Hairstyles series, 1974.

Kenneth Ize

Kenneth Ize est un designer et couturier connu pour son usage des matières et savoir-faire ouest-africains, en particulier l’Aso Oke, une étoffe tissée par des artisans nigérians qu’il décline sur des silhouettes contemporaines épurées. Sa façon de laisser souvent apparaître un long pan de franges apporte une singularité à ses créations tout en soulignant l’origine de la matière première. Il a acquis une reconnaissance internationale après ses débuts à la Fashion Week de Paris en 2020 et une collaboration avec la Maison Karl Lagerfeld en 2021.

Nigerian Vibes

Pour finir, je vous partage une playlist 100% nigériane : l’afrobeat de Fela Kuti, l’incontournable Sade, la lumineuse Asa, et quelques récentes découvertes d’artistes afropop contemporains.

Viola Davis en Kenneth Ize, 2020.

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